Découvrez nos réseaux sociaux
Actualités

AUTISME : Un effet révolutionnaire prosocial des opioïdes

Actualité publiée il y a 12 mois 4 jours 15 heures
JCI Insight
A faible dose, les opioïdes pourraient favoriser les comportements sociaux chez les personnes atteintes de troubles du spectre autistique (Visuel Adobe Stock 1052427442)

C’est peut-être une révolution dans le traitement d’un des symptômes majeurs de l’autisme : cette équipe de neuroscientifiques et de pharmacologues des Universités d’Osaka et d’Hiroshima démontre, dans le JCI Insight et à ce stade chez la souris modèle, qu’à faible dose, les opioïdes pourraient favoriser les comportements sociaux chez les personnes atteintes de troubles du spectre autistique.

 

Ces recherches précliniques -menées à ce stade sur des souris modèles- suggèrent ainsi que ces médicaments déjà approuvés pourraient être repositionnés pour résoudre l’une des principales difficultés rencontrées par ces patients.

 

Le principe à la base de ce mécanisme thérapeutique, et de cet espoir, s’explique par l’action des mêmes substances chimiques et des mêmes récepteurs que ceux qui contrôlent la sensation de douleur dans le système opioïde, dans la régulation du comportement social. L'organisme produit des substances opioïdes naturelles qui sont attirées par des récepteurs dans tout le système nerveux, envoyant des signaux via les neurones qui induisent un soulagement de la douleur, du plaisir, etc...

 

L’un des auteurs principaux, Yukio Ago, professeur de sciences biomédicales à l'Université d'Hiroshima, rappelle : « le système opioïde joue un rôle crucial dans la modulation du comportement social ainsi que de la sensation de douleur, tant chez l'homme que chez l'animal. Cependant, jusque-là, le potentiel thérapeutique des opioïdes dans les TSA restaient flous. Nous apportons de nouvelles preuves qu’à faible dose, les opioïdes peuvent corriger ces déficits de comportement social sans pour autant entraîner d’effets analgésiques ou addictifs ».  

 

La morphine et la buprénorphine à faible dose, qui se lient aux récepteurs opioïdes mu (μ) pourraient donc être de futurs traitements permettant de favoriser les interactions sociales, chez les patients atteints d’un trouble du spectre autistique (TSA) ou d’un autre trouble neuropsychiatrique affectant les interactions sociales.

Un repositionnement permettant de restaurer les interactions sociales ?

L’étude a consisté à administrer à des souris, soit « normales », soit modèles de TSA, différentes doses de morphine et de buprénorphine. Après avoir reçu une dose de morphine ou de buprénorphine, la souris était placée dans une petite chambre avec une souris inconnue. Les chercheurs ont pu ainsi observer un comportement d’évitement, ou au contraire, un comportement d’interaction. Ces expériences montrent que :

 

  • chez les souris naïves et modèles de TSA, une faible dose de morphine (0,03 mg/kg) augmente le temps passé dans la zone d'interaction ;
  • lorsque la dose de morphine atteint 5 mg/kg, le temps passé dans la zone d'interaction diminue ;
  • chez les souris modèles de TSA, de faibles doses de morphine (0,03 et 0,1 mg/kg) réduisent significativement les déficits sociaux, contrairement aux doses plus élevées (0,3, 1 ou 3 mg/kg) ;
  • en d’autres termes, 

une faible dose de morphine permet d’augmenter les interactions sociales de toutes les souris, 

et pas seulement des souris modèles de TSA ;

  • des scanners cérébraux révèlent qu’à la dose de 0,03 mg/kg, des signes d'altération de l'activité neuronale sont observés dans le cerveau, mais pas dans l'aire tegmentale ventrale, une région associée aux comportements addictifs aux opioïdes par la médiation de la libération de dopamine en aval ;
  • à la dose de 5 mg/kg, l'aire tegmentale ventrale est également affectée, ce qui suggère « un début » d’addiction ;
  • à haute dose également, la substance grise périaqueducale dorsale, un ensemble de neurones impliqué dans le soulagement de la douleur, est activé, les interactions sociales sont supprimées et l'anxiété, l'évitement et la défensive augmentent. Ce n’est pas le cas à la dose la plus faible.

 

Alors que les médicaments opioïdes peuvent entraîner des effets secondaires graves, tels que la dépendance et la dépression respiratoire, et doivent donc être utilisés avec prudence, ce n’est pas le cas des opioïdes endogènes qui existent chez les mammifères, dont les humains. Leur signalisation joue un rôle important dans la perception de la douleur, la défense et le comportement social. Ainsi, l’administration d’opioïdes à faible dose pourraient venir renforcer une déficience des opioïdes endogènes, sans induire d’analgésie, et exercer un effet thérapeutique dans les TSA ou d’autres troubles neuropsychiatriques.

 

Il reste à valider ces observations chez l’Homme, cependant les chercheurs précisent que les systèmes opioïdes humains et rongeurs sont très similaires …

Plus sur le Blog Neuro

Autres actualités sur le même thème

ABONNEMENT PREMIUM

Accédez sans limite à plus de 15 000 actualités