Découvrez nos réseaux sociaux
Actualités

DÉPENDANCE aux OPIOÏDES : Pourquoi les femmes n’ont pas la même ?

Actualité publiée il y a 1 année 1 mois 4 jours
Neuron
Une hormone sexuelle ou un certain équilibre des hormones sexuelles protège les femmes contre l'abus d'opioïdes (Visuel Adobe Stock 193205560)

Une hormone sexuelle ou un certain équilibre des hormones sexuelles protège les femmes contre l'abus d'opioïdes, révèle cette étude -menée sur la souris. En cas de douleur chronique, les mâles s'auto-administrent des quantités croissantes de fentanyl, mais pas les femelles. En cause, les œstrogènes ou cet équilibre dans les hormones sexuelles, démontrent ces scientifiques de la Washington University (WashU), qui expliquent ainsi dans la revue Neuron, les différences dans la façon dont les hommes et les femmes utilisent et abusent des opioïdes.

 

Précisément l’interaction entre les hormones sexuelles et la douleur chronique semblent déterminer le risque de dépendance aux opioïdes. Alors que la crise des opioïdes a fait plus d’un demi-million de morts aux États-Unis depuis 1999, à 75% chez des hommes, les taux disproportionnés d’abus d’opioïdes et de décès par overdose chez les hommes restent inexpliqués. Ces travaux qui apportent la première explication ouvrent également la voie à de nouvelles approches pour lutter contre cette « épidémie ».

La cause sous-jacente de cette « surreprésentation » masculine, pourrait être biologique

L’étude suggère qu’une cause sous-jacente pourrait être biologique. Des expériences menées ici sur des souris montrent que mâles souffrant de douleurs chroniques s’administrent des doses croissantes d’opioïde (ici du fentanyl), tandis que des souris femelles souffrant du même niveau de douleur maintiennent leurs doses au fil du temps. La différence « proviendrait » des hormones sexuelles : le traitement des mâles avec l’hormone œstrogène les incite en effet à maintenir une consommation stable de fentanyl.

 

L’auteur principal, le Dr Jessica Higginbotham, chercheur et professeur d’anesthésiologie à la WashU Medicine note : « nos observations suggèrent que les hommes peuvent être intrinsèquement prédisposés à abuser des opioïdes dans un contexte de douleur en raison d’un équilibre hormonal sexuel spécifique. Nous nous concentrons sur l’œstrogène mais il semble probable que ce soit l’équilibre de l’ensemble des hormones sexuelles du corps qui impacte le risque. Les hommes et les femmes ont les mêmes hormones sexuelles, mais en quantités différentes, et nos données suggèrent que les femmes ont un équilibre plus protecteur que les hommes. Mais si cet équilibre est modifié, le risque de trouble lié à la consommation d’opioïdes l’est aussi ».

 

L’influence de la douleur sur le plaisir des opioïdes : la plupart des personnes qui abusent des opioïdes prennent ces médicaments au départ pour soulager la douleur, les hommes étant plus susceptibles de faire une overdose d’opioïdes que les femmes, même s’ils souffrent moins de douleurs chroniques. Les scientifiques émettent l’hypothèse que l’opioïde -comme le fentanyl par exemple- agit sur le cerveau de 2 manières :

 

  • le médicament bloque la transmission des signaux de douleur, soulageant ainsi la douleur ;
  • le médicament déclenche la libération de dopamine par le centre de récompense du cerveau, créant une sensation d’euphorie ;

 

  • or la douleur elle-même affecte les niveaux de dopamine dans le cerveau, suggérant que les opioïdes et la douleur interagissent pour influencer les niveaux de dopamine ;
  • il existe une différence importante entre les mâles et femelles dans la quantité de dopamine libérée après une dose de fentanyl : les femelles libèrent la même quantité de dopamine à partir du fentanyl, qu’elles souffrent, ou non ;
  • les mâles qui ne souffrent pas réagissent comme les femelles, mais les mâles souffrant de douleurs chroniques génèrent une réponse dopaminergique de plus en plus importante au fentanyl au fil du temps : en d’autres termes,
  • chez les mâles, la douleur accroît encore la sensation de bien-être apportée par les opioïdes ;
  • mais pas chez les femelles.

 

Les chercheurs résument : « Les hommes prennent de plus en plus de fentanyl pour ressentir cette sensation de bien-être toujours plus fortement. Chez les hommes, mais pas chez les femmes, la douleur elle-même affecte les centres de récompense du cerveau et incite à en prendre de plus en plus ».

 

Alors, et l’hormone œstrogène ?

Ces travaux montrent aussi que les hormones sexuelles sont responsables des différences de réponses à la dopamine chez les mâles et chez les femelles.

 

  • Si l’on retire aux souris femelles leurs ovaires, leur comportement vis-à-vis de l’opioïde devient similaire à celui des mâles, avec une augmentation des quantités de dopamine libérées et une augmentation du comportement de recherche d’opioïdes ;
  • en revanche, les mâles qui reçoivent de l’œstrogène développent des réponses à la dopamine et adoptent un comportement de recherche d’opioïdes similaires à ceux des femelles ;
  • plus simplement, une réduction des niveaux d’œstrogène explique pourquoi les femelles ont des taux moins élevés d’abus d’opioïdes que les mâles -sauf après la ménopause…

 

Il est clair qu’en trouvant le bon équilibre hormonal il devient possible prévenir la dépendance aux opioïdes chez les personnes souffrant de douleurs chroniques.

 

Quelle est la combinaison parfaite d’hormones qui peut inverser les effets de la douleur sur la consommation d’opioïdes ? C’est l’objet des prochaînes recherches.

Plus sur le Blog Addictions

Autres actualités sur le même thème

ABONNEMENT PREMIUM

Accédez sans limite à plus de 15 000 actualités